meteo-treuil N°5
09:35 . Bonjour. Temps couvert moins froid: -4° cette nuit. Brise nulle.
Aujourd'hui, une seule petite histoire de treuil car demain on commence le dernière qui est longue, compliquée et pas triste. (Je vous sent haletants d'impatience)
Ces histoires de treuil que je vous raconte ce sont passées à Valence entre les années 55-65. À cette époque le terrain était très grand sans piste en dûr et sans balisage. C'était ni plus ni moins qu'un grand champ qui permettait de se poser par fort Mistral tout près des hangars pour avoir peu de chemin à faire par vent de travers. En particulier avec le Tigre qui n'avait pas de freins. Il fallait tourner au sol avec des "coups de gomme" et au "pied et manche". C'était tout un art; mais le mieux lorsque cela devenait trop difficile était d'attendre nez au vent qu'une aimable personne vienne à votre secours en tenant l'aile. Je vous dis cela pour que vous saisissez bien que c'était aussi un peu la pagaille car par covention les planeurs étaient à l'Est et les avions à l'Ouest mais c'était pas très rigoureusement respécté; en résumé c'était assez libre. De plus le terrain n'était pas cloturé et il y avait des chiens, des moutons, des ramasseurs de champignons, des amoureux ou autres promeneurs qui traversaient impunement le terrain... et qu'on s'amusait à faire cavaler par des passages très, trop bas. Il y avait aussi un petit sentier qui traversait carrement tout le terrain. Ce sentier avait finalement été tracé par une seule personne qui avait pris l'habitude d'aller porter ses oeufs et volailles par le chemin le plus court que nous connaissons tous, à savoir la ligne droite. Elle était sympa cette brave petite femme plus très jeune mais fière sur son Solex comme Perrette devait l'être sur son ane allant au marché et faisant des "simulations" sur ses veaux, cochons, oeufs, volailles. On lui a bien dit maintes et maintes fois que ce n'était pas prudent de traverser comme ça. Quelle risquait un accident, que nous étions pas toujours bien maîtres de nos appareils etc...
Et bien sûr ce qui devait arriver... arriva! Elle traversa en passant sur les cables de treuil et bien entendu au moment ou le cable tirait déja un planeur. Le malheur voulu qu'elle passa juste au mauvais moment; c'est à dire lorsque le cable quitta le sol. Et voila que ce maudit cable accroche le beau Solex par le guidon. Vous voyez le tableau! Perrette, pardon, notre brave fermière par terre. Adieu veaux, vaches, cochons, couvées... Les oeufs cassés, une poule qui se sauve, un vrai désatre. Nous accourons à son secours. Elle n'a rien, ouf; mais elle crie "Mon Solex, mon Solex." On lui répond qu'il n'est pas perdu, qu'il va revenir. Eh bien oui, du jamais vu, le Solex vole accroché au cable. Un noeud sur le cable l'empèche de glisser jusqu'au moment où en fin de treuillée le cable étant vertical le noeud passe le guidon et en effet le Solex revient. Mais il revient très vite, trop vite même pour finir violemment contre le radiateur du treuil. Partagés entre pitié et rigolade on aide la pauvre Perrette à ramasser ce qui peut l'être, c'est à dire pas grand chose, on récupère le Solex en piteux état mais réparable et on la ramène chez elle en pleurs.
Morale de l'histoire: Un homme, pardon, une femme avertie en vaut deux!
Merci, Madame de nous en faire rire encore plus de 50 ans après.
À demain. Yvan.