Le 3/12/08
23:50. Bonsoir. Il a neigé mais la temperature positive a nettoyé tout au moins les routes. Naturellement le terrain est détrempé.
Vous me connaissez tous assez pour deviner que, ce soir, j'ai regardé l'émission sur la 3 : "Droit d'inventaire". Mon âge fait que j'ai vécu par les récits de mes parents ce que fut la guerre de 14-18. Un chapitre de cette émission rappelait l'action des femmes durant cette période. Mon père m'a raconté qu'étant chef de piste à l'école militaire de pilotage d'Étampes; il avait 300 avions sous sa coupe. Et pour faire le plein d'essence de tous ces avions avec le réservoir en charge sur l'aile c'était des femmes qui le faisait et ça toute la nuit juchées sur des escabeaux. Elles utilisaient des bidons de cinq litres et de simples entonnoirs comme nous le faisons pour le remorqueur!
De son côté Maman avait à cette époque un château à La Charité sur Loire. Comme beaucoup de gens elle avait mis son château à la disposition de la Croix Rouge. Ayant fait des études d'infirmière elle participait aux soins. Elle s'amusait de raconter combien le poids d'une jambe d'un soldat amputé pouvait être lourde quand le chirurgien vous la laissait sur les bras! Naturellement sa mère et une de ses belle-soeur participait aux soins. Il est pour moi émouvant de revoir les photos de ma mère, ma grand-mère, ma tante photographiées devant son château avec un groupe de blessés convalescents; les uns sur des civières, d'autres avec des vieilles béquilles de bois et certains avec jambe de bois ou bras manchot.. Mon grand-père, lui avait ses quatre garçons à l'armée et pour participer à l'effort de guerre il s'était porté comme volontaire au transport des blessés qui arrivaient à Montélimar. Tout ceci me rappelle aussi la guerre de 40 où j'ai vu avec une certaine fierté ma soeur partir à son tour à l'hopital militaire du Valentin à Bourg les Valence. Elle aussi venait de passer ses diplomes d'infirmière. Ses blessés l'avaient surnommée "Tabazou".
Une chose qui m'a frappé aussi fut le récit des pertes en chevaux durant ces guerres. Ils ne savaient pas pourquoi on les envoyaient au casse-pipe eux.!!! Je rappelais recemment à un de mes petits-fils la peine que j'ai ressenti lorsque un groupe de soldats en septembre 1939 est venu ici à la ferme pour voir les chevaux. C'était la "commission de réquisition". Nous avions deux chevaux l'un "bijou" fut trouvé trop petit mais l'autre "cockey" fut requisitionné et ce fut un déchirement de le voir partir avec d'autres chevaux de voisins. Mon père était déja parti à l'Armée, restait maman, ma soeur et mon cher frère Toto. Il se trouva que ce jour là Maman devait pour des papiers aller à la Préfecture. Nous l'avons accompagné. C'était avec la C4. Or en arrivant vers Vaunaveys-La Rochette on a vu tout un troupeau d'une centaine de chevaux qui allait trottinant vers Valence. Maman nous dit :Ces chevaux partent à la guerre. Ce fut un choc, une grande peine. Nous venions de reconnaitre dans ce troupeau notre "Cockey. On ne l'a jamais revu.
À la campagne ce furent les femmes qui s'efforcaient bien seules à exploiter les terres. Ce que j'ai vécu à la dernière guerre fut le calvaire de notre chère Juliette qui était la fille de nos fermiers. Pendant cette guerre elle s'est retrouvée seule avec son père impotant et sa mère. Ses trois frères étaient aux Armées, le plus jeune dans les Corps Francs sur le front des Ardennes. Je peut affirmer quelle y a laissé sa santé et que cela lui a valu de mourrir encore jeune.
"Droit d'inventaire." " DEVOIR DE MÉMOIRE "
Yvan