6/6/2008
Bonjour. Toujours ce que l'on appelle ici le Mistral noir, c'est à dire: vent du nord mais humide et froid donc avec des nuages bas avec des grains de pluie. Résultat: pas de vol.
N'ayant pas de sujet vélivole à vous transmettre en ce jour anniversaire du débarquement de 1944 je diverge un peu en vous raconter mon 6 juin 1944. Nous étions Toto et moi en pension à Crest chez les Frêres des Écoles chrétiennes qui existe toujours: Pensionnat Saint-Louis.
Nous avons été réveillés de bonne heure car le Maquis local avait libéré Crest. Ce fut tout de suite une grande exitation car le Frère Directeur un peu inquiet tout de même sur l'avenir...et notre devenir décida qu'il n'y aurait pas classe. On se précipita alors le long du mur qui borde la grande place "de la Liberté"pour voir - moment émouvant - les Maquisards qui avaient installé une grande table recouverte d'un drapeau tricolore. Là, ils prenaient les engagements des volontaires à l'issu duquel ces braves gens recevaient en géneral une arme provenant des parachutages du Vercors. C'était un fusil ou une mitraillette "Sten".
L'un d'eux cherchant à savoir comment fonctionnait cette mitrailette, engagea un chargeur et malencontreusement appuya sur la détente. Naturellement, la rafale parti et notre "bleu" prit peur. Aussitôt il jeta cet outil dangereux mais la mitraillette continuait de cracher ce qui fit que par terre elle tirait ...et en tournant. Ce fut une panique générale! les uns sautaient en l'air comme le saut à la corde d'autres se cachaient derrière les platanes. L'agent recruteur lui aussi abandonna sa table; et nous, derrière le mur on rigolait comme des bossus. Le chargeur fut ainsi vidé de ses 30 cartouches et le calme revint. Des maquisards furent postés tout autour de la ville. L'un d'eux signala à la croix de Romans une moto estafette bizarre. Le bruit courru que c'était un espion qui venait en reconnaissance. Les maquisards furent donc disposés en ordre de bataille. C'est alors que parut une colonne allemande venant de Valence pour reinvestir la ville. Nous entendions les coups de feu. Des voitures aux armes des FFI passaient à toute allure annoncant un combat violent. On appris ainsi la mort de personnes que l'on connaissait bien. Le climat de liesse commune avait disparu pour laisser place à un sérieux et une grande inquiétude. La bataille cessa avec un repli des maquisards. Les allemands patrouillèrent dans Crest. Nous les avons vu arriver sur le pont alors que nous étions toujours derrière le mur... mais la tête pas haute.
Tout le monde étant parti, mon frêre et moi sommes alors sorti de l'école "pour voir". Et là, abominable découverte. Là où est maintenant le portail de sortie des élèves, il y avait un canal à sec desservant autrefois les usines. Dans ce fossé gisait un homme en civil agonisant. Visiblement il avait été tabassé. On dirait maintenant "torturé". Nous avons tout de suite été prévenir notre directeur qui est tout de suite venu avec nous. Mais l'homme avait disparu. Qu'est-il devenu? En cherchant un peu on nous a dit que ça nous regardait pas et que ça pouvait bien être le motard estafette.
Ainsi, nous avons vécu Toto et moi une journée mémorable avec l'exaltation joyeuse du débarquement, puis de l'enrolement patriotique des hommes, l'angoisse du combat à la porte de la ville avec le risque que les allemands déclanchent des représailles sanglantes puis pour finir la bestialité des vengeances.
À demain la suite de cette journée.
En passant puisque qu'elle me lit bien souvent je souhaite un bon anniversaire à Martine ma nièce qui doit être en Turquie.